Le syndicalisme d'industrie

Que ce soit en France au sein de la CGT, ou dans d’autres pays (comme en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis par exemple), les militants syndicalistes révolutionnaires ont toujours mené la lutte pour dépasser les syndicalismes de métier et d’entreprise et créer des syndicats d’industrie ou de branche.

Le syndicalisme de métier, c’est quoi ?

C’est la première forme du syndicalisme. Dans une localité se sont créés des syndicats rassemblant les ouvriers d’un même métier : ouvriers sur bronze, peintres en dorure,… Ces syndicats n’étaient pas liés à une seule entreprise : cela n’avait aucun sens, car les ouvriers changeaient souvent de patron (chômage, répression, recherche de meilleures conditions d’emploi, licenciements très faciles). La solidarité existait dans un même métier.
 

Au niveau national, ces syndicats se regroupaient en fédérations de métiers. Cela permettait une vraie solidarité quand les ouvriers changeaient de région : aide pour retrouver du travail dans son métier, aide financière lors des grèves. Mais ce syndicalisme a un grand défaut : il reproduit la division du travail imposée par les patrons. Il rassemble les travailleurs mais seulement en partie. Les conséquences ont été très néfastes : sur un même lieu de travail, existaient plusieurs syndicats, car plusieurs métiers.


 

" C’est le syndicalisme d’industrie qui a permis dans le passé la mise en place des Conventions Collectives Nationales mais aussi des statuts et des mutuelles de branche."

Localement, plusieurs syndicats se faisaient une guerre ouverte pour recruter dans les mêmes métiers. De plus, face à la concentration capitaliste des entreprises, ce syndicalisme était incapable de donner aux travailleurs une maîtrise de leur industrie et de leurs outils en vue d’une future gestion de la société par les travailleurs eux-mêmes.

C’était essentiellement un syndicalisme d’ouvriers qualifiés, tendant à exclure les travailleurs non qualifiés, de plus en plus nombreux du fait des modifications dans le mode capitaliste de la production (manoeuvres, travail à la chaîne, journaliers…).

La solidarité ouvrière s’arrêtait à la porte du métier.

Le syndicalisme d’industrie, c’est quoi ?

Le syndicalisme d’industrie consiste à regrouper les syndicats de métiers en syndicats d’industrie (métallurgie, bâtiment,…) organisés localement (ville, bassin d’emploi et de vie). Ainsi sur un même lieu de travail et dans une même zone d’emploi, un seul syndicat CGT regroupe tous les travailleurs syndiqués, quelque soit leur métier. Dans le même temps, il s'agit de regrouper les fédérations de métier dans de puissantes fédérations d’industrie. Bien entendu, cette bataille n’a pas été facile, il a fallu contourner de nombreuses résistances. Quand on parle d’industrie, il s’agit en fait d’une branche professionnelle. Aujourd’hui il faut entendre une branche d’activité ayant une cohérence, que les activités se fassent sous formes d’entreprises privées, publiques, ou associatives.
 

Ce sont les branches (ou industries) de l’Education, du Commerce, de l’Aide à domicile, de la Chimie, de la Métallurgie, de la Construction,…

Aujourd’hui encore cette forme du syndicalisme n’est pas totalement généralisée. Le syndicalisme de métier existe sous forme de syndicats autonomes, mais il est
surtout fort dans l’éducation (que l’on pense aux nombreux syndicats de métiers de la FSU), chez les correcteurs et aussi partiellement dans l’éducation à la CGT. 

Le syndicalisme d’entreprise, c’est quoi ?

Le syndicalisme d’entreprise est une forme pervertie du syndicalisme d’industrie. Dans un syndicat d’entreprise (ou parfois même d’établissement), les travailleurs sont tous organisés dans un même syndicat. Mais ils ne sont pas dans le même syndicat que leurs
camarades d’une autre entreprise située dans la même zone d’emploi et faisant partie de la même branche !

Ainsi dans la construction: on a des syndicats par entreprise des gros donneurs d’ordre,
et puis une quasi absence de syndicats chez les sous-traitants. On retrouve le même schéma dans l’automobile: un syndicat dans l’usine du donneur d’ordre, et autour, parfois, des syndicats très faibles chez les sous-traitants situés près de l’entreprise principale.

On a même aussi dans une même usine un syndicat CGT de l’employeur principal, et des travailleurs en intérim parfois syndiqués dans la boîte d’intérim !
 

Le syndicalisme d’entreprise a été progressivement généralisé à la CGT à partir de la fin des années 1950. Le fait est que pendant une vingtaine d’années, le mouvement syndical était à l’offensive. Les luttes gagnantes dans les grandes entreprises et les grands services publics se traduisaient par une amélioration réelle de la situation d’une grande
partie des autres travailleurs (acquis dans la convention collective, acquis sociaux de la protection sociale,…).

Mais au tournant de la fin des année 1970, avec la crise économique mondiale du capitalisme, avec la crise du modèle d’exploitation sur les chaînes, et d’autres facteurs encore, le grand capital met progressivement en place d’autres formes de production et d’exploitation, notamment par la sous-traitance, la privatisation des secteurs publics, 

 

" Le second objectif du syndicalisme d’industrie est de préparer les travailleurs à la gestion socialiste de la société."

Alors les grandes concentrations de travailleurs sont explosées, les statuts sur un même lieu de travail sont de plus en plus nombreux. Les travailleurs sont de plus en plus divisés, éclatés,… Et les acquis sociaux sont régulièrement remis en cause, pour tous,
mais beaucoup plus vite pour une partie toujours croissante des travailleurs (jeunes, femmes, immigrés, petites entreprises, sous-traitants, précaires).

 

Le modèle du syndicalisme d’entreprise a été incapable de s’opposer à cette restructuration capitaliste radicale. La crise du syndicalisme est en partie la crise du syndicalisme d’entreprise. Cela commence à être peu à peu analysé au sein de la CGT. Mais nous avons au moins trente ans de retard. Il s’agit de faire vite et de renouer
avec le syndicalisme d’industrie.

Les objectifs du syndicalisme d’industrie

► Le premier objectif du syndicalisme d’industrie est de répondre efficacement à la stratégie de division des travailleurs d’une même branche, sur une même zone d’emploi, que l’on soit chez le donneur d’ordre ou le sous-traitant, en CDI ou en intérim.

Il unifie donc les travailleurs-euses sur la base d’une même plate-forme revendicative. Il a
déjà fait ses preuves. C’est le syndicalisme d’industrie qui a permis dans le passé la mise
en place des Conventions Collectives Nationales mais aussi des statuts et des mutuelles de branche.

 

De nos jours, le syndicalisme d’industrie permet toujours d’organiser tous les travailleurs de la même branche pour lutter contre leur mise en concurrence. C’est une arme pour défendre, faire appliquer et améliorer vraiment les conventions collectives. Sinon celles-ci ne deviennent que des coquilles vides : dans les grandes entreprises les accords sont supérieurs à la convention. Dans les plus petites, les acquis régressent et ne sont de toute façon plus appliqués ou de moins en moins.

Regroupés ensuite dans une fédération d’industrie au niveau national, ce syndicalisme permet de prendre en compte la réalité du capital aujourd’hui : mener le combat efficacement au niveau international, lutter contre les grands groupes sur les lieux mêmes
de travail, lutter contre la surexploitation des travailleurs d immigrés en les syndiquant ici même en contact les syndicats de leur pays d’origine.

► Le second objectif du syndicalisme d’industrie est de préparer les travailleurs à la gestion socialiste de la société. Cette gestion n’est possible que si les travailleurs de la base sont capables de connaître et de maîtriser réellement tout ce qui se passe sur leur lieu de travail, les liens entre leurs activités et celles d’autres travailleurs de la même branche, de coordonner leurs efforts et connaissances. Cela est impossible avec le syndicalisme de métier et le syndicalisme d’entreprise. Seul le syndicalisme d’industrie
le permet. 
Ainsi, par le moyen de leur fédération d’industrie, les travailleurs seront capables de gérer leur branche, en lien avec les autres branches dans le cadre des structures interprofessionnelles : unions locales, unions départementales, unions régionales, et confédération.