Les Jeunesses Syndicalistes (JS)

L'organisation historique des jeunes CGT

Actualité / Compilation de textes et d'archives

Avant de parler passé, parlons présent. Une initiative intéressante voit le jour avec le mouvement lycéen-étudiant commencé fin novembre 2018: la relance des J.S !

Site internet: http://jeunessesyndicaliste.org/

Facebook: https://www.facebook.com/Jeunesses-Syndicalistes-873843179473689/

Contact: jeunesses-syndicalistes@riseup.net

Revenons à l'histoire.

Cliquer sur l'image ci-dessous pour ouvrir le dossier en pdf du N°24 de Syndicaliste!

- Texte de Yolande Cohen concernant l’antimilitarisme des JS avant 1914 sur persee: 

https://www.persee.fr/doc/mat_0769-3206_1989_num_16_1_404023

- Article sur les Jeunesses Syndicalistes de l'ouest (Anjou, Mayenne) avec photos et sources: https://revolutionnairesangevins.wordpress.com/documents-annexes/les-jeunesses-syndicalistes-en-anjou/

 

 

En outre, dans La Coutume Ouvrière, tome 1 (1913), le juriste Maxime Leroy, sympathisant syndicaliste révolutionnaire, nous rapporte la mise en place des JS p.61:

"Au 5ème Congrès de la CGT tenu à Paris en 1900, Briat estimait que chaque année cinq ou six mille jeunes syndiqués partaient à la caserne, nombre qui depuis lors a certainement triplé. Chiffre peu important : en fait, les jeunes gens ne sont pas syndiqués. Pour les attirer à eux, les Syndicats ont créé l'oeuvre du "Sou du Soldat" dont l'objet est d'envoyer de modestes subsides aux jeunes ouvriers sous les drapeaux, et les groupes appelés : Jeunesses syndicalistes, sur le modèle des Jeunesses socialistes".

P.64, Maxime Leroy nous expose le fonctionnement et les statuts des Jeunesses syndicalistes du Bâtiment: 

 

" Il existe des « sections de pupilles » dans certains syndicats, par exemple au syndicat de la peau de la Seine, à la Chambre syndicale typographique parisienne adhérente à la Fédération du Livre, des "Jeunesses Syndicalistes" ont été fondées en 1904-1905, puis en 1910-1911, dans quelques villes, notamment à Paris (où elles sont reliées par un « Comité d'entente », à Brest, à Rouen, à Fougères, à Nantes, à Alaix, à Angers, à Boulogne-sur-mer, etc, soit par le soin des Syndicats (à Paris, les Syndicats du bâtiment et de la voilure), soit le plus souvent par celui des Bourses du Travail. Les statuts des Jeunesses syndicalistes sont très simples : voici par exemple ceux de la Jeunesse syndicaliste du Bâtiment :

 

Préambule:

 

Nous entendons par «jeunesse syndicaliste» un groupement de camarades syndiqués confédérés se donnant pour but principal l'éducation intégrale de ses adhérents et la propagande aux exploités par la parole, l'écrit, l'exemple et l'action.

— C'est le groupement naturel des camarades qui souffrent de ne pouvoir donner libre cours à leurs désirs d'étude et de savoir après leur temps de travail exigé par l'actuelle exploitation de l'homme par l'homme;

— Qui se rendent compte de l'éducation sophistiquée qu'ils ont reçue et reçoivent de l'enseignement bourgeois patronal et capitaliste ;

— Qui reconnaissent leur ignorance et, partant, leur impuissance à résoudre, même théoriquement, les hautes questions d'intérêt économique de leur classe ;

— Qui, pour faire « leurs affaires eux-mêmes », veulent étudier les phénomènes scientifiques, les faits et données sociologiques, les idées, analyses, synthèses des penseurs, orateurs, écrivains, artistes indépendants, c'est-à-dire toutes matières susceptibles d'élever leur mentalité, de rectifier leur jugement, de développer leur esprit observateur, critique, organisateur ; connaître les lois naturelles de l'Evolution et du Progrès détruisant les préjugés ataviques et sociaux ;

 

— Qui désirent augmenter et perfectionner leurs connaissances techniques professionnelles;

 

— Qui veulent se reposer d'un labeur, le plus souvent abrutissant, par le choix et l'usage de délassements sains, physiquement et moralement: jeux, sports, promenades, visites, excursions, spectacles, arts, etc. etc. ;

 

— Qui aspirent à devenir des militants syndicalistes, entrevoyant une société meilleure, dont ils hâteront l'avènement en se faisant les éducateurs et les entraîneurs de la masse, ordinairement indifférente, mais capable de se révolter spontanément en vue de la grève générale expropriatrice.

 

C'est le groupement, le cercle, tout désigné pour entretenir de bonnes et fréquentes relations avec les jeunes gens pris par le militarisme et enrégimentés pour la défense du Capital. C'est le groupement économique d'avant-garde qui permet aux syndiqués d'aborder les questions théorique et pratiques, fatalement négligées par les syndicats, absorbés dans leur indispensable et préalable besogne purement et strictement corporative. Les adhérents de la « Jeunesse Syndicaliste du Bâtiment » s'engagent à se donner mutuellement les preuves de la plus grande solidarité dans toutes les manifestations de la lutte contre les flagorneurs, adversaires et ennemis du Prolétariat.

STATUTS

Admissions

 

Pour être admis à la J. S. B. il faut être syndiqué à une des Chambres syndicales du département de la Seine adhérente à la Fédération nationale du Bâtiment. L'admission se fait sur la présentation de la carte confédérale au pair des cotisations. Les femmes accompagnées de camarades adhérents sont admises à titre consultatif et exonérées de cotisation.

Administration et Fonctionnement

 

La J. S. B. aura autant de sections qu'il sera nécessaire pour la vitalité de chacune d'elles sans nuire aux principes d'unité et de but exposés dans le préambule. Les premières sections seront formées de préférence au siège des Comités intersyndicaux de l'Union des syndicats de la Seine. Chaque section nomme son bureau, composé d'un secrétaire et d'un trésorier. Les membres des bureaux de section, réunis, forment le Conseil de la J. S. B. Le Conseil nomme son secrétaire et trésorier. Aucune fonction n'est rétribuée. Les membres du Conseil sont responsables devant leur section et les assemblées générales; ils sont nommés pour un an et renouvelables tous les six mois. Le Conseil convoque les assemblées générales aussi souvent que l'exige l'intérêt général de l'organisation, et au moins une fois tous les trois mois. Le Conseil décide l'organisation des meetings, fêtes, conférences, etc, d'après l'avis des sections ou de sa propre initiative. Le droit d'admission est fixé à 0.50 fr et la cotisation mensuelle à 0.25 fr. Tout adhérent en retard de ses cotisations de plus de trois mois est considéré comme démissionnaire. Celui qui manquera à ses devoirs de solidarité sera radié.

Dissolution

En cas de dissolution, les fonds en caisse seront versés à la Fédération du Bâtiment ayant actuellement son siège à la Maison des Fédérations, 33, rue Grange-aux-Belles."

L'expérience des Jeunesses Syndicalistes

(texte paru dans le N°26 de Syndicaliste!)

 

Des Jeunesses Syndicalistes aux Jeunes Communistes (JC)

 

La remise en cause des Jeunesses Syndicalistes par les militants du Parti Communiste et les dirigeants de la CGTU sera progressive. Lors de sa création, la JC dispose de nombreux militants dans les JS. Rappelons d'ailleurs que nombre de jeunes « communistes » sont issus ou influencés par les théories libertaires. La logique d'appareil du PC a encore du mal à prendre le dessus sur le désir d'unité.

Mais les choses changent et les dirigeants du parti et de Moscou comprennent l'enjeu qui consiste à profiter des réseaux de recrutement de nouveaux militants. Involontairement ils vont être aidés par les erreurs politiques des « syndicalistes purs » menés par Pierre Besnard (qui évolueront pour beaucoup vers l'anarcho-syndicalisme à partir de 1921) dont la principale activité va être de mener une bataille stérile contre le PC au sein du mouvement syndical.

 

Après avoir quitté les JS, les partisans du PC commencent à avancer des propositions alternatives. Le 26 avril 1925, les « jeunes ouvriers » parisiens sont convoqués à un « congrès » dans les locaux de la CGTU. La réunion est officiellement organisée par la 4ème Entente des Jeunesses Communistes. Cette initiative a vocation à regrouper largement des jeunes travailleurs membres ou non des JC,syndiqués ou non. Mais l’ambiguïté est encore plus nette lorsqu'on apprend que cette réunion a pour vocation « de dresser, pour chaque profession, un cahier de revendications devant servir à une agitation sérieuse en vue d’entraîner dans l'action la jeunesse ouvrière, et pour l'organiser, tant dans les syndicats que dans les cellules communistes ». (La Vie Ouvrière du 5 juin 1925). C'est donc bel et bien une réunion de nature syndicale. Avec le recul historique, cette initiative pourrait apparaître comme une manœuvre clairement politicienne, le mélange des genres entre syndicat et parti étant un moyen pour attirer des jeunes aux JC. Mais si l'on tient compte de la mentalité de l'époque cela n'est pas aussi clair. Il faut analyser cet élément, car sinon, on ne comprend pas la facilité avec laquelle le PC a réussi les Jeunesses Syndicalistes.

 

Le PC se construit dans la classe ouvrière en quasi totalité avec des militants syndicalistes révolutionnaires. Pratiquement tous ont appartenu aux CSR. Et à cette époque, il n'y a pas encore de rupture entre le SR et le bolchevisme. Au contraire, le second apparaît comme un approfondissement du premier. En 1914, le SR a échoué dans sa lutte cotre la guerre, alors que le Parti Bolchevique semble avoir réussi à transformer la lutte anti-impérialiste en révolution. Beaucoup de militants SR estiment que ce qui a manqué avant 1914 c'est une organisation clairement révolutionnaire, ce que n'était pas encore la CGT, engluée dans ses contradictions et dans la faible formation de ses militants. Mais, au lieu de reprendre la dynamique de la Vie Ouvrière en 1909, les SR tentent de trouver une solution en dehors du mouvement ouvrier, en faisant du PC cet outil révolutionnaire qui a manqué en 1914.

Il n'y a donc pas forcément contradiction lorsque les JC utilisent leur organisation comme un outil syndical, puisque ]e PC est clairement perçu comme une tendance syndicale. Ceci est encore plus vrai chez les SR ralliés au PC. A l'époque, Monatte n'est pas le seul à penser que c'est la Commission Syndicale du Parti (réseau du PC dans la CGTU) qui doit servir à proléta­riSer le PC. On est donc dans une logique où c'est la tendance syndiçale qui sert d'outil de formation au Parti. C'est une conception très éloignée de la pensée léniniste. La bolchevisation du PC ne se réalisera véritablement qu'à partir de 1925 et de façon relativement superficielle pour ce qui est de l'aspect syndical. Dans l'entre-deux-guerre, le PC est en effet un appareil qui prend de plus en plus d'autonomie par rapport au mouvement ouvrier, une organisation de "cadres" professionnels qui perdent leur influence de masse au gré des fluctuations politiques de Moscou. Mais le PC, c'est aussi dans le mouvement ouvrier une transformation de la majorité du CSR. Or, si le CSR avait organisé en 1921 un "congrès des jeunes ouvriers" peu de militants auraient été choqués. Il faut donc comprendre le glissement qui s'opère. Il y a une évolution qui ne choque pas les militants issus du CSR.

Et cette évolution va faire que progressivement les JS vont être mis de côté par les JC. Cela devient systématique à partir de la fin de l'année 1924 où elles ont totalement disparu dans les syndicats tenus par des militants du PC. Le 25 janvier 1925 se tient à Paris une "Conférence des jeunes syndiqués" qui rassemble soixante délégués de 40 syndicats. Les JS ne sont même plus citées. Plusieurs réunions de ce type vont se tenir dans plusieurs Unions Départementales et à chaque fois il est question de "jeunes syndiqués" ou de "jeunes ouvriers". Ceci n'est pas une question de vocabulaire mais bien d'organisation interne et donc de stratégie. Et c'est justement cette question de structuration qui va aussi expliquer la fin des JS.

Les syndicalistes « communistes » reprennent une analyse qui apparaît relativement cohérente d'un point de vue syndical. Les syndicats doivent prendre directement en charge l'organisation des jeunes afin de ne pas diviser les travailleurs. La Jeunesse Syndicaliste est rejetée car elle apparaît de plus en plus comme une organisation autonome, indépendante des syndicats et une fraction aux mains des « anarcho-syndicalistes ». Cette stratégie va être officialisée au congrès de 1925 de la CGTU, après avoir été appliquée par plusieurs UD. A ce congrès, c'est Ambroise Croizat qui prend la parole pour faire voter une proposition élaborée par une Conférence nationale des jeunes délégués réunie juste avant. La syndicalisation des jeunes ouvriers est avancée comme une priorité qui doit être prise en charge par tous les syndicats. Cette proposition ne peut que plaire à tous les SR. Et elle est d'autant plus populaire que les lacunes de ce travail sont soulignées par l'intervenant.

 

Comme axe de lutte avancé il y a bien sur les questions économiques, mais aussi la lutte antimilitariste avec une plate-forme très intéressante en direction des jeunes soldats. Là aussi, la culture anti-militariste des SR favorise un accueil très positif. Et finalement la motion proposée au vote affirme que « le congrès condamne d'une façon énergique et définitive les jeunesses syndicalistes comme forme d'organisation des jeunes ouvriers, cette organisation étant une secte qui sépare les jeunes travailleurs de l'ensemble de la classe ouvrière ». La motion avance des propositions concrètes d'organisation qui ont déjà été testées dans certaines UD. Elles consistent a organiser des AG de jeunes syndiqués dans chaque syndicat et à désigner des délégués jeunes dans chaque structure confédérale et interpro. Ainsi, Croizat est nommé délégué jeune de la Commission Exécutive Confédérale. La proposition apparaît cohérente et syndicale.

Mais elle l'est moins si on prend un peu de recul. Car la fonction première des Jeunesses Syndicalistes, la formation syndicale, disparaît totalement. Nous parlons de formation syndicale mais aussi tout bonnement de formation professionnelle. Le même congrès fait justement remarquer qu'avec la mise en place récente du taylorisme (travail à la chaîne) en France, la formation professionnelle est en net recul et la déqualification est une réalité pour les jeunes ouvriers. Les structures syndicales peuvent donc occuper ce terrain laissé vacant par l'ennemi. Avec la nouvelle ligne stratégique de la CGTU il n'est également plus question de mettre en place les structures de sociabilité comme la création de théâtres, clubs de sports, randonnées, etc, ce qui était très important dans la vie et dans la formation d'une culture de classe avec des réseaux militants.

Cette stratégie n'est supposée devenir cohérente que si l'on tient compte du rôle complémentaire joué par les Jeunesses Communistes. On a vu qu'elles ont tout d'abord un rôle d'élaboration de la ligne politique de la CGTU sur la question des jeunes syndiqués. D'ailleurs elles ne s'en cachent pas. C'est ce que dit clairement la Vie Ouvrière, devenue organe officiel du PC dans la CGTU, lorsqu'elle rapporte le contenu d'un congrès des jeunes ouvriers lyonnais, également à l'initiative des JC. Il s'agit très clairement pour les JC de faire adopter et défendre par les organisations syndicales les cahiers de revendications adoptés par le congrès national de la JC. Et en effet, la plate-forme confédérale adoptée au congrès de 1925 correspond intégralement à celles définies par les réunions publiques des JC.

Cette politique peut apparaître crédible pour des syndicalistes en 1925 car le Parti Communiste est encore une organisation ouvrière révolutionnaire. Mais, avec la bolchévisation, le parti devient un instrument entre les mains de la bureaucratie de Moscou et de ses agents en France, les permanents de la CGTU. Ces permanents, coupés de plus en plus de l’exploitation subie par les prolétaires français, et financés massivement par ]e gouvernement de l'URSS, défendent progressivement les intérêts de cet encadrement en formation. Le processus de bureaucratisation et d'autonomisation se renforce dans les années 20 et la CGTU devient en 1929 une véritable officine d'un gouvernement à proprement parlé « bourgeois ». L'appelation « communiste » que ce donne ce gouvernement, ne change rien à sa nature de classe qui n'a rien de prolétarien.

A partir de ce moment là, et dans les décennies suivantes, la JC se coupe donc progressivement des intérêts de la classe ouvrière.

 

C'est ce qui explique d'ailleurs sa tactique de construction totalement bancale et qui n'a fait ses preuves ni dans les années 20 ni dans les manifestations actuelles de jeunes. Les JC ont toujours participé à l'organisation des jeunes de la CGTU puis de la CGT. Mais ce travail est fait de façon superficielle et sans cohérence. Les jeunes ont toujours été les victimes des réformes visant à expérimenter les nouvelles formes de gestion de la main d’œuvre. Cela est vrai avec l'Introduction du taylorisme mais aujourd'hui aussi avec le développement des contrats précaires. Dans cette situation, l'action d'une organisation des jeunes travailleurs, membre de syndicats ou d'une UL, est une nécessité afin de prendre en compte la spécificité de cette exploitation. C'est aussi un moyen d'intégrer un plus grand nombre de jeunes aux syndicats et de prendre en compte les questions d'éducation et de formation.

Cette activité, ce ne sont pas les JC qui peuvent la réaliser, ni l'action ponctuelle d'un syndicat sur la question. Comme dans toute activité prioritaire il faut un travail suivi. A plusieurs reprises, la direction de la CGT a senti cette nécessité, que ça soit en 1910, 1919 mais aussi au milieu des années 1980 quand Krasucki tente de relancer le Centre Confédéral de la Jeunesse ou encore plus récemment avec la création de l'organisation « Jeunes CGT ». Mais à chaque fois les militants politiques ayant également la casquette syndicale émettent une certaine réticence à construire un projet syndical cohérent qui aurait pour conséquence de marginaliser leur propres organisations politiques de jeunesse.

Diviser la question politique de la question économique n'a pas de sens et seul le syndicalisme révolutionnaire réussit à donner une cohérence stratégique et organisationnelle. La gestion ouvrière (le Socialisme) n'étant que le prolongement du contrôle ouvrier (la lutte de classe sous le capitalisme). Seul le syndicalisme de classe peut assurer cette continuité. Les organisations philosophiques, en séparant ces deux phases d'un même combat, ne peuvent éviter que les contradictions ne ressortent tôt ou tard. Ainsi la JC est constamment tentée de glisser vers le terrain syndical, sans être en capacité et sans avoir pour objectif d'organiser une masse de jeunes travailleurs. Et de la même façon en mélangeant activité "politique" et activité "syndicale" elle s’empêche d’être une vraie organisation révolutionnaire. En voulant se substituer aux organisations syndicales, les JC sont amenées à diluer leur discours « communiste ». Et ce d'autant plus qu'elles interviennent non pas sur une base de classe mais sur une base de plus en plus populiste afin d'attirer à elles des jeunes de toutes les classes sociales.

La tactique floue des « jeunes ouvriers » et « jeunes syndiqués » de 1925 fut donc un échec total car cette dynamique était instable et dépendait de logiques bureaucratiques en contradiction avec la réalité sociale vécue par les jeunes travailleurs. Et pourtant, tous les articles descriptifs de l'époque ont raison de souligner que la défaite de 1919-20 fut dramatique pour les jeunes ouvriers qui furent les premiers touchés par la puissance retrouvée du patronat français et international. Le recul syndical permit aux patrons d'implanter le taylorisme et donc de déqualifier les ouvriers qui arrivaient dans les entreprises, de réorienter les centres d'apprentissages sur des fonctions de contremaîtres (utiles pour le contrôle des chaînes) et de transgresser ouvertement les règles du code du travail applicable aux jeunes travailleurs.

Le jeune prolétariat avait donc besoin, plus que quiconque, d'un mouvement syndical engageant une bataille sur ces questions. L'élaboration « politique » de ces luttes était laissée aux JC. Ces manœuvres avaient pour conséquence de créer une méfiance mais surtout elles ne permettaient pas à un nombre important de jeunes travailleurs de s'emparer de ces réflexions de classe. Les JC avaient donc tendance à glisser constamment dans une activité syndicale et ainsi délégitimer le rôle des syndicats. Pour maintenir ce petit appareil, consciemment ou non, ce furent les organisations syndicales et donc la classe qui fut sacrifiée. Lors des derniers mouvements il fut courant de voir des militants JC distribuer des tracts politiques à des lycéens ou des étudiants, appelant à la grève et à la mobilisation, alors que ces mêmes militants sont rarement actifs dans un syndicat ou à la CGT jeunes.

La marginalisation des JS

Cette dérive aurait pu être combattue intelligemment. Les SR auraient pu profiter du sabotage des JS pour les reconstruire sur une ligne d'indépendance syndicale. Malheureusement, les « syndicalistes purs » vont transformer les JS en une arme de guerre contre les JC. Les réunions deviennent des lieux de polémiques, ce qui a pour conséquence de casser toute dynamique de lutte. Reprenons l'exemple de la réunion déjà citée d'avril 1925. Quelques JS viennent assister à cette rencontre mais avec la volonté de polémiquer sans réellement participer aux débats sur les branches professionnelles, ce qui aurait pourtant été le meilleur moyen de convaincre les jeunes travailleurs présents que le syndicalisme pouvait se suffire à lui-même.

 

Mais, dès 1922, la JS est utilisée par cette fraction dans ses conflits avec l'internationale Communiste. Ainsi, on retrouve les JS de la Seine, les plus importantes, au congrès de fondation de l'Association Internationale des Travailleurs (regroupant les fractions anarcho-syndicalistes) en décembre 1922 à Berlin. Il faut rappeler que la création de l'AIT est à la fois une erreur tactique et stratégique. Stratégique car elle engage un grand nombre d'organisations ouvrières vers un alignement sur l'anarcho-syndicalisme, ce qui marque la division du mouvement ouvrier international et le déclin de ces organisations: FAUD allemande, FORU uruguayenne, USI italienne,.... Erreur tactique également, car si une scission dans l'Internationale Syndicale Rouge devait intervenir, elle était totalement précipitée en 1922, les SR disposant dans l'organisation à cette époque d'une influence énorme, entre autre à travers la tendance SR que Maurin (du CSR espagnol) venait d'y construire.

 

A l'époque, l'ISR déploie une activité syndicale très intéressante, jamais égalée avant, ni depuis. Cette scission va totalement discréditer les organisations qui participent à cette division. C'est le cas pour les JS de la Seine qui vont être marginalisées dans la CGTU, dans une région où pourtant les "syndicalistes pures" disposaient encore d'une large influence dans les syndicats.

Ce sectarisme, on le retrouve dans un grand nombre de villes où la JS est animée par les "syndicalistes pures". C'est le cas à Saint-Etienne (lire le livre de Daniel Colson à ce sujet). Lorsque les JS se recréent dans cette ville en mars 1922, elles sont constituées intégralement de militants libertaires. Et c'est bel et bien un groupe politique qui prend l'initiative de sa constitution puisqu'elle est tout d'abord approuvée par le Groupe Anarchiste de la ville. Elles n'auront comme objectif que d'intervenir comme un groupe de pression, une fraction dans la CGTU. Ce qu'elles reprochent à la fraction communiste (pourtant non homogène), elles sont les premières a les appliquer avec zèle. Elles n'auront aucune activité syndicale par la suite. Elles rompent donc avec ce qui faisait la raison d'être de cette organisation avant 1914: la syndicalisation et la formation des jeunes travailleurs. Et pourtant, elles disposent du soutien total des dirigeants de l'UD CGTU, d'ailleurs membres du PC.

 

Ceux-ci voient la nécessité de renouveler la vieille génération militante à laquelle ils appartiennent. Ainsi Lorduron propose de "créer une école de propagande syndicalist pour former des propagandistes à Saint-Etienne et dans le département". Une école dans laquelle les JS auraient un rôle central à tenir. Mais la JS de Saint-Etienne ne trouvera rien de mieux que d'engager un combat contre ces vieux dirigeants sur la question des « postes de permanents » alors que ceux-ci, en mettant en avant la formation des militants, préparent de fait leur remplacement dans une démarche démocratique. En se focalisant sur des activités théoriques et conflictuelles, les JS se coupent de la jeunesse ouvrière qui pourtant ne manque pas de problèmes concrets à cette époque. Et elles se discréditent auprès de leurs propres partisans.

 

Ceci explique pour beaucoup la disparition rapide des JS à Saint-Étienne et ailleurs. Un autre cas démontre qu'il était possible de reconstruire les JS sur d'autres bases.

Des initiatives isolées mais payantes

Nous ne détaillerons pas l'exemple de la longue grève des normaliens du Finistère de 1929 contre leur hiérarchie. Ces jeunes instituteurs stagiaires, âgés de 17-20 ans, vont résister à l'administration à une époque où le milieu n'est pas d'une combativité intense et où les sympathies pour le SR sont réduites. C'est en effet le syndicat de l'éducation CGTU qui organise tout seul la lutte (voir la Révolution Prolétarienne de juillet 1929). Ce syndicat départemental est animé par une équipe de militants SR adhérents à la Ligue Syndicaliste. Cette mobilisation, même si elle est isolée, intervient au pire moment de reflux du mouvement syndical. C'est cependant un rare exemple de mobilisation réussie chez les jeunes travailleurs à cette époque. Elle regroupe unanimement les 109 élèves pendant 3 semaines de grève et d'actions, et débouche sur une victoire. Il n'y aura aucune sanction contre les grévistes et l'administration toute puissante recule.

Un autre exemple confirme ce potentiel qui n'a pas été exploité. Nous avons vu que la ligne sectaire des JS de la Seine a amené cette structure à ne reposer que sur une poignée d'adhérents au début de l'année 1924. Là aussi, le travail s'apparente de plus en plus à une activité philosophique. C'est ce qui amène les Jeunesses Syndicalistes des PTT de la Seine, constituées en octobre 1922, à fonctionner finalement de façon autonome dans leur syndicat d'industrie. Il en est de même dans 14 autres syndicats de « province ». Le Fédération des JS des PTT, fonctionnant comme une commission interne de la Fédération CGTU des PTT, regroupe donc en janvier 1924 650 militants, dont 50 rien qu'a Lyon. Le mouvement des JS des PTT est bien structuré au niveau national et des études "corporatives" (indemnités, conditions de travail, etc) sont systématiquement entreprises ce qui permet de dégager de nouveaux militants formés. Des conférences de formations sont mises en place. La formation s'étend dans le domaine des qualifications professionnelles grâce à la création "d'écoles fédérales" où les jeunes travailleurs sont préparés par des militants syndicalistes a passer des examens. Cette école existe dans plusieurs villes, mais la formation syndicale est menée en lien avec des campagnes de terrain.

 

Ainsi, des délégations ont été organisées en direction des directeurs afin de lutter sur des questions de services spécifiques aux jeunes postiers. Une campagne de propagande sur le département de la Seine permet de recruter 3 à 400 jeunes postiers en quelques mois (plus de 20% des effectifs sur ce département). Il est vrai que cette fédération de la CGTU est particulière. En 1922, elle est dirigée par les SR et plus particulièrement par Lartigue, principal animateur avec Marie Guillot (une des secrétaires nationales de la CGTU) et Benoît Broutchoux du Groupe Syndicaliste-Révolutionnaire. Entre les syndicaliste pures et les syndicalistes communistes, le GSR reste fidèle à l'indépendance de classe. La direction de la fédération maintient donc sa ligne syndicale et cela même après la défaite de Lartigue en 1924 face à la direction de la CGTU. La fédération demeure influencée par cette ligne syndicale unitaire.

En 1925, la Fédération des Jeunesses Syndicalistes des PTT est donc toujours active malgré la ligne officielle de la CGTU. Les acquis sont tels que la direction de la CGTU ne peut liquider cette organisation qui a fait ses preuves. Mais elle est volontairement isolée dans la CGTU afin de ne pas servir de modèle. C'est pourtant elle qui va lancer une des rares grèves victorieuses chez les jeunes travailleurs de cette époque. Pendant 10 jours les « petits télégraphistes » âgés de 13 à 20 ans, s'affrontent au ministère et remportent une victoire nationale. Arrêtons-nous aux modalités d'organisation de cette grève car elles offrent des enseignements sur ce que pourrait être aujourd'hui la tactique des Jeunesses Syndicalistes (à partir de l'article « la grève des jeunes télégraphistes » dans la Révolution Prolétarienne de mai 1925).

Le budget de l'État décide pour 1925 le versement aux fonctionnaires d'une allocation exceptionnelle de vie chère. Mais cette allocation n'est pas accordée aux jeunes travailleurs de moins de 21 ans, souvent postés à, des tâches difficiles aux PTT comme ailleurs. Mais ce n'est pas pour rien si cette grève démarre dans le bastion des Jeunesses Syndicalistes. Le 9 janvier a lieu une AG de la section des Jeunesses des PTT au Central Télégraphique à Paris. Et le lendemain une manifestation est organisée sur le lieu de travail. Pendant quinze jours, des assemblées générales se tiennent quotidiennement et la grève du zèle est organisée avec des retards systématiques dans le travail. Jusqu'à ce que quatre jeunes soient suspendus par le directeur. En parallèle l'administration décide de verser finalement la prime à de jeunes fonctionnaires âgés de 18 ans, ceci afin de diviser le mouvement. Mais cette tactique échoue et les manifestations de jeunes postiers s'étendent dans les autres établissements de la Seine et en province, grâce à l'action de la Fédération des JS, appuyée par la Fédération PTT-CGTU. Grâce l'unité organisée par les JS, les plus vieux refusent de trahir leurs camarades plus jeunes. Après trois semaines de luttes, le gouvernement cède et accorde la prime à l'ensemble des jeunes fonctionnaires, dans toutes les administrations.

Mais rapidement le gouvernement revient sur sa décision. Le bastion des JS repart en grève au chant de l'Internationale. Le 5 mars, une AG se tient à la Bourse du Travail qui décide la grève pour le lendemain. Dès le 7 mars, 1500 des 1800 jeunes postiers de la Seine, département de Paris, sont en grève. Les mesures de répression contre les jeunes se multi-plient et l'administration a recours à des auxiliaires utilisés comme briseurs de grève. Mais rien n'y fait, le Comité Central de grève est en contact permanent avec les sections des JS en province. La Fédération sert d'organisation à la lutte dans les principales villes. Après 7 jours de grève nationale, la reprise du travail est décidée collectivement par le Comité Central, les revendications salariales ayant été obtenues.

Cet exemple très riche ne fut pas suivi ailleurs car il contrariait la stratégie de la direction du PC. Cette victoire fut possible car elle s'appuyait sur le travail cohérent entrepris dans une fédération. Cette fédération s'était dotée d'un outil adapté, capable de mobiliser les jeunes travailleurs aux côtés de leurs aînés. Cet outil n'était pas indépendant du syndicat mais fonctionnait comme une commission, une autonomie d'action, sans pour autant dériver vers une logique sectorielle. Malheureusement, les SR ne purent généraliser cet exemple. Ils ne disposaient pas alors d'une influence maintenue dans d'autres fédérations de la CGTU. Depuis cette date, aucune organisation de jeunes travailleurs n'a pu obtenir des résultats aussi intéressants sur le terrain de la lutte des classes. Cet exemple doit donc nous servir de modèle.