Classes sociales et

production capitaliste

Dans le système capitaliste les individus prennent des positions et des fonctions prédéfinies au sein de la production et de la vie sociale. Cette répartition crée des groupes d’individus qui partagent les mêmes places au sein de cette société. Les individus d’une même classe occupent les mêmes fonctions (emplois), possèdent les mêmes attributs sociaux (richesse, pouvoir, savoir, …). Ils ont les mêmes contraintes et les mêmes opportunités. Ce sont les classes sociales.

 

Dans le capitalisme la classe sociale dominante est la bourgeoisie. Elle exploite le prolétariat et ne représente qu’une minorité de la population. Elle a le pouvoir de décider de ce qui sera produit, où et comment. Elle accapare la plus-value créée par les producteurs et a le pouvoir de décider de son utilisation.

Comment analyser la société ?

Une société est un regroupement d’humains qui sont en rapport entre eux. La manière d’analyser une société, les théories qui en découlent ont une importance. Une société doit s’analyser à partir de la notion centrale de classes sociales.

Quand la bourgeoisie (classe capitaliste) était encore en lutte contre la classe des propriétaires terriens et le reste de l’aristocratie, ses théoriciens n’hésitaient pas à parler de classes sociales. Mais au moment où le mouvement ouvrier a commencé à se développer, à s’organiser et à engager la lutte à grande échelle, la bourgeoisie a changé de théories. Désormais, les classes sociales n’existeraient plus, ainsi que la lutte des classes. Bien entendu il s’agit là d’idéologie pure, un mensonge distillé à chaque moment dans la vie de tous les jours (à l’école, dans les médias, au travail, etc.). Il s’agit de l’idéologie de la classe dirigeante qui tente de maintenir par tous les moyens sa domination.

Pour nous, fidèles à l’histoire du mouvement ouvrier, les classes sociales ont une existence bien réelle. Elles sont en lutte constamment, et c’est à partir de là qu’il faut analyser une société et ses formes d’organisations (syndicats, partis, Etat, etc.). C’est le point de vue matérialiste.

Pourquoi est-ce important ? Parce que de là découle l’idée fondamentale que les idées ont leur racine dans les conditions d’existence : dans quelle classe sociale vivons-nous ? Quelles sont les classes sociales qui existent et qui dirigent les organisations dans la société ?

C’est comme cela seulement que l’on peut comprendre que l’idéologie dominante (système des idées majoritaires) est celle de la classe sociale dominante. Et que les classes sociales dominées (comme le prolétariat) doivent combattre cette idéologie, créer et faire vivre la sienne sur la base de ses luttes, de sa vie sociale et de ses formes d’organisation que sont les syndicats.

Que sont les classes sociales ?

Il y a deux façons de définir les classes sociales, selon deux angles d’analyse qui sont complémentaires.

 

  • Définition objective : la classe " en soi ". Une classe sociale est le regroupement des individus qui se retrouvent dans la même position dans les rapports de production qui existent dans la société.

Exemples : dans une société d’esclavage, il y a la classe des maîtres qui possèdent des moyens de production et des esclaves ; et il y a des esclaves qui ne possèdent rien et qui travaillent pour leur maître.

Dans une société féodale, il y a la classe des serfs qui produisent pour les seigneurs et les membres du clergé ; ces derniers sont des propriétaires terriens qui détiennent le pouvoir politique et religieux.

Dans une société capitaliste, il y a les prolétaires qui ne possèdent que leur force de travail et qui produisent les richesses contre un salaire. Ces richesses sont la propriété de ceux qui détiennent les moyens de production, de transport, l’argent, etc. qui constituent la classe capitaliste.

 

  • ​Définition subjective : la classe « pour soi ». Ici on va considérer que pour exister réellement une classe sociale doit prendre conscience de son existence, de sa condition, de ses intérêts et de ses possibilités d’action.

C’est à dire que ce sont les individus (pas tous ni tous en même temps bien entendu) d’une même classe objective qui prennent conscience de tout cela. Ils forment alors une classe sociale subjective (puisque ici est introduite la notion de prise de conscience).

 

Une classe sociale ainsi définie construit sa conscience dans la lutte contre les autres classes. Elle est capable de se représenter et d’établir un projet de société. Elle rassemble, organise et forme ses membres pour diffuser ses idées. La classe sociale organisée possède une force sociale et peut désormais peser sur l’organisation de la société. Elle remet maintenant en cause le système qui l’a fait naître.

 

L’organisation de classe permet de rassembler ses membres en développant ses réseaux, construisant ses organisations et animant ses manifestations. Par la lutte la classe sociale devient mobilisée et un sujet collectif, donc consciente.

Qu’elles sont les classes sociales dans le capitalisme ?

Quelque soit la classe sociale, aucune n’est homogène. Toute classe sociale est divisée en différentes fractions selon leurs positions dans les rapports de production, ou par rapport à l’Etat, aux appareils de reproduction idéologique (médias, culture, etc.) ou répressifs (police, armée, justice, etc.).

Ces fractions d’une même classe sont en luttes entre elles, ou passent des alliances. L’objectif de la lutte est fondamentalement d’être la fraction dirigeante de la classe, celle qui va représenter les intérêts généraux de toute la classe. Ainsi une fraction d’une classe sociale a la capacité de s’organiser et de s’exprimer au niveau politique (d’où l’existence de plusieurs partis politiques qui parlent au nom d’une même classe sociale).

 

  • La classe dominante dans le capitalisme est la classe capitaliste (la bourgeoisie) qui détient et/ou dirige tout l’appareil de production, de distribution et commercialisation, de communication, de transport, financier, et l’Etat. Il y a la bourgeoisie industrielle implantée dans l’appareil de production, la bourgeoisie commerçante, la bourgeoisie financière, la bourgeoisie intellectuelle, la bourgeoisie étatique (elle dirige l’appareil d’Etat : hauts fonctionnaires), etc.

Dans les sociétés capitalistes d’Etat comme ce fut le cas en URSS, cette dernière était la fraction dirigeante. La bourgeoisie a la main mise (le pouvoir) par la persuasion et la violence, la richesse de toutes les décisions stratégiques dans la société.

 

  • La classe qui se situe à l’opposé de la bourgeoisie est le prolétariat. Son mode d’existence est le salariat. Il ne dispose que de sa force de travail. Dans les rapports de production capitalistes il n’a qu’une fonction d’exécution (ouvriers). C’est le cas aussi dans les secteurs du commerce, de la banque, et de l’Etat (les employés). Il est donc exploité et dominé.

 

  • Entre ces deux classes, il y en a une troisième très importante : l’encadrement. Il peut être non salarié (professions libérales par exemple) soit salarié. La tendance générale du capitalisme est d’avoir produit une forte augmentation du nombre de cadres salariés, que ce soit dans le secteur privé comme dans l’Etat.

Les cadres sont donc exploités par la bourgeoisie. Mais leur rôle est d’appliquer les décisions stratégiques des capitalistes. Les cadres surveillent, répriment le prolétariat. Les cadres ont aussi un rôle de conception (ingénieurs, techniciens). Ils s’opposent donc au prolétariat sur des points essentiels : leur position dans les rapports de production, ou dans les rapports au travail est une position de pouvoir et de force sur le prolétariat. L’encadrement reproduit sans cesse la division du travail (conception/exécution), c’est sa raison d’être. Et donc la hiérarchie et le système de pouvoirs sur les lieux de travail qui lui sont liés. Le fait que les cadres soient salariés ne changent rien à cette réalité.

 

  • La petite-bourgeoisie est une autre classe sociale. Elle est propriétaire de ses moyens de production et n’exploite pas de prolétaires (ou très peu en nombre) : artisans, petits paysans, petits commerçants, etc. Elle est une survivance de rapports de production non capitalistes au sein du capitalisme largement dominant. Elle n’est pas exploitée mais dominée par la bourgeoisie. Elle a du mal a se construire comme classe sociale « pour soi » et à trouver un expression sur le terrain politique. Elle est marquée par un fort individualisme.

A la base du système capitaliste de production il y a l’expropriation des producteurs.

 

L’expropriation des producteurs est la condition préalable essentielle à la naissance, au développement et la survie du capitalisme. Elle isole le producteur, le sépare des moyens de production et des moyens de subsistance (les produits de son travail). Pour exproprier les producteurs, le capital a du détruire de force (violence politique ou économique) les anciens rapports de production qui assuraient un lien entre le producteur et les moyens de production. Pour asservir un être humain il faut qu’il n’ait pas d’autres alternatives que la vente de sa capacité de travail. S’il avait le choix il ne la vendrait pas.

 

Les anciens rapports de production étaient par exemple : la communauté primitive où chaque membre de la communauté avait un droit d’usage sur le moyen de production collectif. La propriété communautaire, une association de plusieurs familles pour cultiver ou produire les produits de subsistance. L’esclavage, où l’esclave était lui-même le moyen de production. Le servage, le serf était lié de force au moyen de production sous la contrainte de son seigneur qui le protégeait en contrepartie. La production marchande simple, où le producteur met en œuvre ses propres moyens de production dans le cadre de l’économie marchande (artisan, commerçant, paysan) mais sans exploiter de salariés.

 

Intégration du producteur au système capitaliste, transformation de la force de travail en marchandise.

La personne expropriée n’a plus rien à consommer ou à échanger. Elle devient un prolétaire et est obligée de vendre sa seule propriété : sa force de travail, c’est-à-dire sa capacité de travail. Elle n’est plus reliée à une communauté ou à une personne : elle est isolée. Le prolétaire perçoit alors sa force de travail comme un bien, un capital personnel. Il devient alors un  « travailleur libre » car il s’imagine à tort jouir des mêmes libertés qu’un propriétaire privé.

 

La force de travail devient une marchandise que le travailleur échange contre un salaire qui doit au moins lui assurer le minimum (biens et services) pour subsister. C'est-à-dire assurer son entretien et son renouvellement.

 

Mais les forces de travail disponibles sur le marché sont différentes par leur valeur. Elles s’échangent alors contre des salaires variables, prix de la force de travail. Il y a plusieurs conceptions du salaire qui ne sont pas neutres dans le conflit des classes sociales. Les capitalistes tentent par leur idéologie dominante à nous imposer leur propre lecture du salaire. Nous devons développer une lecture anticapitaliste du salaire.

Les rapports capitalistes de production, la position et le rôle du prolétaire dans ce système.

Les rapports sociaux de production sont les rapports qui existent entre les hommes au sein du procès de production de leurs conditions matérielles. Le capitalisme est un rapport de production spécifique qui se caractérise par la propriété privée des moyens de production, la division verticale du travail, la marchandisation généralisée (tendance du système à transformer chaque produit du travail en marchandise) et l’argent comme moyen d’échange. Le capital est donc d’abord un rapport de production.

 

Pour assurer sa reproduction matérielle, toutes les sociétés ont besoin de mettre en relation trois forces productives classées dans deux catégories :

 

  • Les conditions matérielles sont les matières de travail, matières à transformer : c’est les terres pour l’agriculteur, les ressources et les matières premières pour l’industrie,. Mais aussi les moyens de travail (instruments qui transforment la matière) : outils, machines, infrastructures productives.

  • La force de travail c’est les capacités physiques et intellectuelles du producteur pour réaliser un travail concret précis.

 

Dans ce système capitaliste le propriétaire des moyens de production commande, contrôle et détermine l’organisation et la finalité de la production. Ensuite, il s’approprie les produits (biens et services) issu du travail et les vend.

 

La programmation de la production ainsi que la répartition des biens produits échappent aux producteurs, des rapports de domination et d’exploitation se mettent en place. Les procès de fabrication sont pénibles pour le producteur car ils servent le capital. De plus la répartition de la richesse produite est inégale. Le producteur reçoit un salaire inférieur à la valeur qu’il a réellement produite, la partie volée par le patron c’est la plus-value. De fait les rapports entre producteurs et non-producteurs sont donc obligatoirement conflictuels.

 

La division capitaliste du travail est une division verticale, elle hiérarchise les fonctions et par conséquence les salariés. La fonction la plus importante est la fonction de direction, elle fixe les objectifs et en supervise l’application. Ensuite vient la fonction d’encadrement, elle conçoit et organise suivant les ordres de la direction, elle contrôle, fait appliquer et réprime. Elle est réalisée par les officiers de la production : ingénieurs, techniciens, etc. qui volent le savoir aux prolétaires. Pour terminer la fonction d’exécution, elle accomplit le travail suivant les directives de l’encadrement.

 

Cette organisation permet au capital de dominer (d’organiser) le travail. Cette domination s’est imposée au fil du temps. Au début le capital domine « de manière formelle » : il se sert du procès de travail existant pour produire de la plus-value. Il change uniquement la forme du rapport de production, le producteur devient salarié sans aucune modification du procès de travail. Ensuite, s’instaure « la domination réelle » : le capital va perpétuellement modifier le procès de travail à son avantage pour augmenter ses profits avec de plus fortes cadences et le vol du savoir-faire ouvrier.

La plus-value : partie volée au producteur.

La production de plus-value se réalise en trois étapes.

  1. D’abord l’investissement : le capital convertit son argent en marchandise. Il achète les moyens de production, la matière à transformer et la force de travail.

  2. Ensuite la production : le capital combine ces trois marchandises.

  3. Pour terminer, la vente, c’est le mouvement inverse de l’investissement : le capitaliste encaisse la valeur du produit fini.

Bien sûr cette valeur est supérieure à la somme investie car sinon le capitaliste n’aurait aucun intérêt à poursuivre l’affaire. Cette valeur supplémentaire, la plus-value, est créée par le travail des producteurs grâce à leur force de travail.

Une partie de la journée de travail (le travail nécessaire) sert à produire une valeur qui correspond à son salaire.

L’autre partie de sa journée de travail (le sur-travail) sert à produire une valeur qui reviendra en totalité au capitaliste, c’est la plus-value.

 

Il y a deux méthodes pour former de la plus-value et en accroître la quantité.

 

  • La plus-value absolue est la forme la plus simple, c’est l’augmentation du temps de travail (à la journée avec les heures supplémentaires ou avec des accords de chantage « plus de travail contre emploi » ; mais aussi sur la vie entière avec l’âge de départ à la retraite repoussé).

 

  • La plus-value relative est créée en abaissant la quantité de travail nécessaire (et donc la valeur) pour produire le minimum de biens et services qui assurent la reproduction de la force de travail du prolétaire. Ce qui laisse alors plus de temps de la journée de travail pour la plus-value. Cela passe par la hausse de la productivité et de l’intensité du travail (les cadences, la chasse aux temps morts), forme spécifique du capitalisme développé. Le travail sous le capitalisme est alors en perpétuelle réorganisation.

 

Toutes les luttes sur les lieux de travail entre prolétaires et patrons s’expliquent par la recherche de ces derniers d’augmenter toujours plus ces deux formes de plus-value, et par la résistance des prolétaires.

La reproduction des rapports de production capitalistes

Détentrice du pouvoir sur la violence légitime (police, armée, justice), du pouvoir économique, du pouvoir politique, elle produit alors une idéologie (à l’école, au travail, etc.) dominante dans la société. Elle défend l’idée que ses propres intérêts de classe sont les intérêts de la société entière et donc de tout le monde.

 

Pour que les rapports de production capitalistes se reproduisent il est nécessaire d’imposer aux prolétaires de se présenter chaque jour à leur emploi. On peut penser que l’état de prolétaire (démuni de tout pouvoir sur les moyens de vivre et de produire) suffit à cela. Mais il n’en est rien. Le pouvoir politique, économique, violent est nécessaire : empêcher les grèves, les révolutions, imposer l’idée que ce que se passe ne peut être autrement, etc.

En dehors de la production même, le prolétaire doit se cantonner à être un consommateur. L’idéologie propre à la consommation capitaliste est donc indispensable à la reproduction des rapports capitalistes de production. Ne pas penser et se contenter à consommer les marchandises !

Au sein même de la production, les rapports entre les prolétaires eux-mêmes, entre les prolétaires et l’encadrement, bref la division du travail, produisent une idéologie compatible avec la reproduction des rapports de production capitalistes. Il y aurait une division naturelle entre ceux qui dirigent, pensent, conçoivent, organisent et ceux qui exécutent. Cette violence sociale mutile les prolétaires, les dévalorise à leurs propres yeux. Elle tend alors à produire une idéologie d’acceptation de la domination.

 

Les rapports de production capitalistes sont donc producteurs d’une idéologie, celle de la classe dominante. Le combat révolutionnaire du prolétariat est producteur d’une autre idéologie inscrite dans les luttes et les acquis matériels et organisationnels (confédération syndicale, salaire socialisé, etc.).