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Analyse des CSR du 49ème Congrès Confédéral CGT en décembre 2009.

Le congrès est intervenu dans une situation de crise, relative mais réelle, pour la CGT. L’organisation peut se vanter d’avoir bénéficié d’une progression importante lors des récentes élections professionnelles et principalement pour celles des prud’hommes. Mais les points positifs s’arrêtent là. La progression récente des adhésions a bien évidemment été mise en avant afin de légitimer l’action de l’équipe confédérale. Mais cet argument n’a un impact que sur les syndiqués les moins informés. Car ces dernières années, la CGT a bel et bien connu une baisse de ses effectifs.

 

L’organisation a annoncé 45 905 nouvelles adhésions pour 2009 mais sans préciser le nombre de départs.! Le secrétaire général lui-même a d’ailleurs admis dans la presse que la CGT était en échec sur la syndicalisation. Ce chiffrage pour le moins confus est à mettre en parallèle avec les quelques 800 000 salariés qui auraient contacté l’organisation depuis un an. Et c’est tout le problème non soulevé par le congrès. Pourquoi la CGT n’arrive pas à syndiquer cette masse de sympathisants et encore moins à maintenir les adhésions. Cette faiblesse porte bien évidemment sur la question des structures mais aussi sur celle de la formation syndicale. Car il faut bien reconnaître la fragilité de la formation en ce qui concerne la grande masse des responsables syndicaux.


Et cette instabilité des adhésions est d’autant plus inquiétante qu’elle est non seulement en contradiction avec les objectifs fixés au 47ème congrès mais elle intervient dans une situation pourtant favorable à la confédération.

 

La CGT renforce sa popularité au sein du salariat comme le confirme le sondage précédent le congrès. L’année 2009 a été caractérisée par des luttes nombreuses, facilitant la syndicalisation et n’expliquant donc pas un chiffre aussi réduit que celui de 46 000. C’est bel et bien la structuration et l’activité de la CGT qui pose problème.

L’actuelle majorité confédérale a donc été contrainte d’adopter un discours offensif lors du congrès. Offensif sur la question des orientations mais défensif sur son bilan. Ainsi, dès l’ouverture du congrès, Bernard Thibault prédit un « affrontement social » sur la réforme des retraites à venir. Les travailleurs sans papiers seront ensuite mis en avant pour accentuer l’image combative de la CGT. Cette réalité s’est d’ailleurs accentuée au fil du congrès, sous la pression d’un mécontentement certainement pas assez pris en compte par l’actuelle majorité. Ce décalage s’explique d’ailleurs facilement. C’est simplement du à la mauvaise application du fédéralisme dans la CGT. Beaucoup de responsables obtiennent un mandat par cooptation de responsables d’une structure « supérieure » et non pas par les syndiqués (c’est le cas par exemple de DS centraux d’une grosse entreprise nommés par la fédération sans que les DS des établissements n’aient grand chose à dire). La preuve en est au congrès où le Bureau confédéral était déjà constitué avant même l’élection de la CE confédérale. Alors que ses membres viennent de la CE ! En résumé, pour obtenir un mandat, il faut être bien sage. Et donc ne surtout pas faire savoir aux « dirigeants », comme ils s’appellent eux mêmes, que les syndiqués son mécontents. 


D’ailleurs ce mécontentement devait être endigué par l’organisation même du congrès. Il est bon de rappeler que le congrès de la CGT est le congrès de ses syndicats. Or on en répertorie plus de 22 000, représentés par seulement 1 000 délégués. Cette concentration des mandats est bien entendu favorable à l’actuelle majorité puisque les CE des fédérations peuvent ainsi être tentées de proposer des délégués territoriaux en essayant de favoriser des candidats choisis dans des syndicats dans la ligne. A ce tri sélectif, l’appareil s’est senti obligé d’ajouter des modalités de vote quelque peu en contradiction avec les statuts fédéralistes de la confédération. Ainsi, quelques jours avant le congrès, des fédérations, comme celle de la Construction, ont indiqué dans une circulaire transmise à leurs syndicats que les syndiqués qui ne s’exprimaient pas seraient comptabilisés comme des votes favorables aux textes proposés. Il a également été demandé de faire connaître la répartition des votes avant la tenue du congrès afin de contrôler les mandats des délégués.

Et malgré toutes ces manœuvres on se retrouve avec des votes qui démontrent une fragilisation des positions majoritaires. 
La première résolution, la plate-forme revendicative, n’obtient que 76,4% des mandats et doit faire avec 23,6% de votes « contre ». Le rapport d’activité avait déjà été largement contesté auparavant. Il n’obtenait que 77,29%. Les votes en « contre » atteignaient 22,71% (18% en 2006). L’abstention est également à prendre en compte (7,72%).

Une « direction » très fragilisée

En proposant de réduire le nombre de sièges au Bureau Confédéral, et en évacuant Maryse Dumas, Bernard Thibault entendait constituer une structure homogène, certainement en vue d’une intervention plus active dans la réorganisation interne.
Il n’est pas sur que ce choix soit très judicieux pour ses initiateurs. Car la charge de travail va s’accroître pour les quelques privilégiés qui se retrouvent au BC. Et il n’est pas sur que leur sélection se soit appuyée en priorité sur les compétences personnelles. Cette structure homogène va donc concentrer plus de responsabilités, mais aussi plus de critiques car il ne sera désormais plus possible de renvoyer l’explication des erreurs et des échecs à des désaccords ou à l’action de telle ou telle sensibilité.


D’ailleurs le choix de faire basculer Jean Christophe Le Duigou de son mandat de secrétaire élu à celui de « conseiller » démontre la difficulté de l’actuelle majorité confédérale à trouver des militants capables de produire une réflexion personnelle. En tout cas cette manœuvre, qui intervient une semaine seulement après le congrès, n’est déjà pas appréciée et cela ne tient pas seulement aux positions personnelles de Le Duigou. Car ce choix de fonctionner avec des conseillers officiels est totalement étranger à la culture du mouvement ouvrier mais aussi au schéma démocratique et donc fédéraliste de la CGT.

Autre choix dangereux, l’attitude adoptée à l’égard des Collectifs jeunes. Ces dernières années la méfiance du Bureau confédéral à l’égard des jeunes militants a pris une tournure quasi paranoïaque. Cette attitude est elle aussi en totale contradiction avec tous les textes votés dans les congrès et tous les textes de bonne intention publiés dans la presse confédérale. Le renouvellement des responsables nationaux, dont tout le monde parle dans le cadre du dernier mandat de Bernard Thibault et des départs massifs à la retraire, n’est absolument pas prise en compte. Pas plus d’ailleurs que l’intervention en direction des jeunes salariés, que les responsables nationaux de Montreuil ne connaissent pas. Les propositions émanant des Collectifs jeunes ont été quasi systématiquement refusées depuis des années. On comprend alors mieux le décalage entre la confiance exprimée par les jeunes à la CGT et leur faible adhésion.

Mais ce décalage va vite devenir ingérable car le changement de génération dans les entreprises et dans les syndicats est une réalité matérielle qui sera bien plus forte que de belles résolutions votées en BC ou CE confédéraux. Si l’actuelle majorité se crispe sur ce choix suicidaire, on peut déjà pronostiquer un 50ème congrès très désagréable pour le Bureau Confédéral. Il va donc bien devoir intégrer les réflexions et les propositions de sensibilités actuellement minoritaires. Ou alors il prendra le risque de créer un climat détestable et explosif dans la CGT. Ce choix est d’ailleurs une rupture dans l’histoire de notre confédération. On ne connaît qu’une seule époque où la majorité confédérale a choisi de gérer en fonctionnant comme un bloc hégémonique : la période stalinienne de la CGTU qui a provoqué une crise profonde de l’organisation. Or l’état réel de la CGT ne permet pas de passer par une période de troubles. Il faut donc en revenir aux débats fraternels et accepter d’intégrer des expériences et des stratégies diverses et de les confronter par des débats qui font trop défaut dans la CGT.


Or le débat de congrès consacré aux structures a démontré que cette dynamique de réflexion et de rénovation n’était pas impossible, malgré les blocages existant.

Débats théâtraux et réflexion stratégique

On peut estimer que les textes d’orientation n’étaient pas assez anti-capitalistes. Pourtant nous sommes bien obligés d’admettre qu’ils correspondent au niveau des débats qui traversent les réunions de la grande majorité des syndicats. L’enjeu du congrès n’était donc certainement pas de pousser à une radicalisation des textes, selon une dynamique artificielle et déconnectée de la réalité des syndiqués. C’est bel et bien dans les réunions de syndicats que ces débats devraient être impulsés et non pas entre initiés. Or cet effort de débat démocratique n’a pas été suffisamment impulsé, quelque soit la sensibilité syndicale.

L’enjeu de la structuration était par contre au centre de l’avenir de la CGT. 
Et c’est certainement un des rares éléments positifs de ce congrès. On peut se féliciter d’un certain nombre d’interventions intéressantes en ce qui concerne la réorganisation de syndicats sur une base d’industrie : par exemple les syndicats de site des cheminots de Lille, des travailleurs de l’Energie d’Ardèche ou encore du Centre Hospitalier du Gard.

Ces propositions ne s’intègrent pas explicitement dans une stratégie de syndicalisme d’industrie. Mais n’empêche, elles renouent avec la stratégie historique de la CGT et ouvrent donc des portes pour une meilleure syndicalisation et surtout pour une réflexion sur le contrôle ouvrier. On quitte la vision corporatiste de l’entreprise ou des services publics pour engager une prise en compte d’une branche professionnelle (une « industrie »). En s’éloignant sur des institutions capitalistes on se rapproche du syndicalisme de classe.


On peut également se féliciter d’une certains nombre de résolutions votées. Ainsi la III 35 souligne « Aucun salarié désirant se syndiquer ne devrait rester en dehors de la CGT au prétexte qu’il ne trouve pas de syndicat apte à l’accueillir. Trop souvent, ce sont les unions locales ou les unions syndicales professionnelles qui sont amenées à se substituer à celui-ci, ce qui n’est pas leur rôle. »

Car il faut tout de même bien intégrer le fait que l’organisation majoritaire de la CGT sur la base du syndicat d’entreprise provoque une situation où 80 000 salariés confédérés ne sont pas syndiqués, c’est à dire pas adhérents à un syndicat ! C’est ce même salariat qui ne fait que passer à la CGT sans trouver de structure permanent de syndicalisation et de vie collective.

La III62, malgré sa référence délirante aux « syndicats d’entreprise », propose des axes d’organisation des chômeurs : « Les comités de chômeurs sont une forme d’organisation des privés d’emplois. D’autres formes de syndicalisation existent comme les syndicats d’entreprises, les syndicats de sites, les syndicats multiprofessionnels. Elles constituent des réponses possibles au niveau territorial qui demandent sans doute à être complétées par des collectifs permettant d’animer les batailles revendicatives propres à telle ou telle question ».


Mais ce sont surtout les III82-84 qui nous offrent une perspective déterminante : « Chaque syndicat de la CGT tiendra, avant le 31 décembre 2011, un congrès ou une Assemblée générale des syndiqués afin, notamment, d’examiner s’il convient de modifier son périmètre professionnel et territorial en s’inspirant des orientations des 48e et 49e Congrès. Les fédérations, unions départementales et locales concernées seront invitées à y participer.

 Les Fédérations, Unions départementales et Unions locales auxquelles le syndicat est affilié contribueront à cet examen qui prendra en compte les dispositions résultant du dispositif d’impulsion décidé par le Ccn. Elles créeront les conditions de concertation pour que les syndicats puissent examiner les défis qu’ils ont en commun, les hypothèses de constituer des syndicats professionnels locaux, des syndicats de site etc. Des dispositions particulières seront mises en œuvre auprès des syndicats nationaux pour une contribution effective de leurs organisations territoriales.

Une commission « affiliation à la Cgt », placée sous la responsabilité du Ccn, est chargée de traiter les éventuels désaccords ou conflits posés par l’adhésion d’un syndicat aux Ud et aux Fédérations ».


Certains camarades ont hurlé à la remise en cause du fédéralisme sous prétexte que chaque syndicat devra tenir un congrès d’ici deux ans. Ce principe ne devrait pourtant pas heurter les partisans de la démocratie syndicale et surtout ceux qui tiennent à ce que les travailleurs débattent de leurs outils de lutte.
Mais ces congrès seront surtout l’occasion de répertorier les milliers de faux syndicats CGT et de les amener à se poser la question de leur légitimité en tant que syndicats d’entreprise inefficaces. Pour les partisans du syndicalisme de classe, et donc d’industrie, c’est l’enjeu de débattre de l’intérêt à refonder des syndicats professionnels puissants.
Quant à la commission d’affiliation, le texte a évolué car elle sera non seulement mise en place par le CCN comme il était proposé au congrès, mais elle sera sous la responsabilité du CCN. Malheureusement ces propositions ont été majoritairement combattues par les « oppositions » traditionnelles au sein de la CGT.

Les « oppositions » actuelles dans la CGT

On peut lire et entendre beaucoup de lieux communs sur les « oppositions dans la CGT ». Bien souvent les revues et textes des opposants traditionnels sont issus d’organisations politiques. Autrefois ces oppositions avaient comme principal objectif d’utiliser le syndicat comme base de recrutement pour le parti. Mais ces fractions, inspirées du léninisme, ont cédé le pas à un nouveau phénomène : l’anarcho-syndicalisme. La décomposition du mouvement anti-capitaliste a provoqué un vaste repli individualiste. Désormais la majorité des organisations philosophiques servent de faire valoir, de caution idéologique mais aussi de réseau d’influence à des militants syndicalistes dont la seule perspective est de se maintenir à la direction d’un syndicat, d’une UL ou de toute autre structure repliée sur elle même.


La perte de dynamique collective a heurté de plein fouet les courants oppositionnels de la CGT. L’organisation philosophique apparaît désormais totalement incapable de porter une réflexion globale et elle doit faire avec les logiques individuelles. 
C’est ce qui explique l’extrême faiblesse idéologique de cette opposition institutionnelle. Elle nous ressort les mêmes propos que l’on peut lire dans la presse bourgeoise. A la fin on ne sait même plus qui influence l’autre.

Car le mécontentement est réel dans la CGT mais confus. La raison principale tient à l’incapacité de anciennes et nouvelles « oppositions » à rassembler les mécontents sur une ligne stratégique cohérente. Il n’est donc pas étonnant que la plus grande partie des « opposants » à l’orientation majoritaire de la confédération soit tous ces militants qui n’approuvent pas le recentrage institutionnel mais qui le font de manière empirique, désorganisée, en traînant les pieds. 


On peut ensuite noter la fragilisation des principales oppositions traditionnelles qui semblent abandonner la bataille au sein de la CGT. Cela est très visible pour le réseau de militants du POI (ancien PT), autrefois très actif quand il s’agissait de coordonner la dénonciation verbale de la majorité confédérale. Ce courant a été en recul constant ces dernières années et son expression a eu peu de poids au niveau national lors de la préparation du congrès. La raison principale semble être le processus d’extinction du courant « lambertiste » en France sous l’impact du vieillissement de ses militants.

Cela est également vrai pour les militants de Lutte Ouvrière qui ont subi une série de scissions ces dernières années, ainsi que la concurrence agressive du NPA. Pour autant cela n’explique pas tout. Il faut également noter un pessimisme grandissant dans ce courant ; il est vrai ancien, mais largement accentué ces derniers temps. Ce pessimisme rend l’expression syndicale de ce courant totalement contradictoire.


Reprenons les analyses formulées dans le journal Lutte Ouvrière. Dans l’édition du 4 décembre un article spécial tente de nous convaincre que le congrès est bouclé d’avance, ce qui justifie la passivité des militants de LO dans la préparation du congrès. L’article s’achève donc par une perspective.… corporatiste : « C’est aux côtés de leurs camarades de travail que les militants de la CGT qui le souhaitent pourront donner une toute autre allure à la lutte sociale et aux combats qui immanquablement se produiront, dans un avenir peut-être pas si lointain ». Le journal du 11 décembre est bien obligé de faire état des lieux d’un congrès qui ne correspond pas à ce qu’annonçait la « direction révolutionnaire » une semaine plus tôt, ne serait ce qu’au niveau des votes : « Sans doute, comme se plaisent à le dire les partisans de la majorité, ces propos discordants ne traduisent pas une contestation homogène, structurée. Mais ils expriment pour le moins un malaise, certainement bien plus profond que celui qui s’est fait entendre dans le public tamisé réuni à Nantes, qui existe à la base, mais aussi chez les travailleurs ». Mais si cette contestation n’est pas « structurée » Lutte ouvrière doit en assumer une certaine responsabilité comme en témoigne son édition précédente.

Cette fragilisation du trotskisme traditionnel a donc laissé la porte ouverte à un mouvance « oppositionnelle » totalement instable et désorganisée. Cette mouvance s’exprime à travers deux fédérations mais aussi avec un regroupement étonnant de militants marxistes-léninistes, du NPA et de libertaires désorientés. 


Nous évoquerons ici trois courants organisés en commençant par la plus intéressante.

La Fédération de la Chimie (FNIC) est une organisation qui s’exprime régulièrement, sur plusieurs thèmes, en opposition avec la majorité de la confédération (CE et BC). Dans le cadre du 49ème Congrès elle a produit une analyse très intéressante du document d’orientation qui pointe des divergences sérieuses avec la stratégie actuelle de la CGT. 
Dans le débat sur les structures, elle est beaucoup moins bornée que d’autres sur la question du syndicalisme d’entreprise. Elle pointe les dangers du syndicat multipro ou du syndicat de site sans logique de branche car mettant en danger les unions locales. Mais elle admet que le syndicat d’industrie regroupant donneur d’ordre et sous-traitant est nécessaire.

Toujours sur les structures, elle montre les dangers du rôle de plus en plus important que prend la CE confédérale au détriment du CCN. Le danger de la centralisation est donc correctement analysé.
Comme beaucoup d’autres, la FNIC a exprimé ses critiques sur le contenu revendicatif affadi de ce document d’orientation et son positionnement d’accompagnement du capitalisme. Elle dénonce l’abandon de fait de la majorité confédérale d’un syndicalisme au contenu de classe, affirmant la nécessité d’une autre société, et une stratégie de lutte où la négociation ne soit pas l’unique point de mire. Elle a été une des seules organisations à avoir argumenté contre et condamné les positions de la direction sur la mise sous conditions des exonérations de cotisations sociales. 


De plus la FNIC aborde la question de la stratégie des luttes depuis le début 2009. Elle met en question les manifestations espacées sous prétexte de maintien de l’unité. Celle-ci ne doit pas s’opposer aux besoins de la dynamique des luttes sur un contenu revendicatif sans concession. Elle se prononce pour que la CGT affirme la perspective de la grève générale. Mais sur ce point elle ne met pas en avant une stratégie alternative pour y arriver qui suppose de mettre en lien les revendications, mais aussi les structures nécessaires pour y arriver, dans et hors les lieux de travail.

Mais cette attitude oppositionnelle de la FNIC est relative, fragile et parfois inconstante. D’abord parce qu’elle ne travaille pas de fait à la construction d’une réelle alternative. Prenons aussi l’exemple des Etats généraux de l’industrie. L’engagement de la CGT dans cette mascarade qui ne sert de fait que le pouvoir et le patronat aurait dû rencontrer l’opposition immédiate de la FNIC. Car qu’est-ce que sont ces Etats généraux sinon encore une fois la consultation et la négociation sans aucun rapport de forces, servant ainsi de caution à la réorganisation des bassins d’emploi selon la logique capitaliste européenne ? Dans le bulletin fédéral n°144 du 16/11/2009 adressé aux militants des syndicats, la direction fédérale avance le mot d’ordre « Etats généraux de l’industrie sous contrôle des salariés ». On est alors en plein paradoxe. Comment peut-on faire croire que ces Etats généraux peuvent-être mis sous le contrôle des salariés ? Et deux semaines après, c’est le revirement. Le 1er décembre le CEF a adressé une lettre aux organisations du CCN et au Bureau confédéral, condamnant la logique de ces Etats généraux et demandant que la CGT claque la porte ! Mais les dirigeants de la FNIC savaient fort bien à quoi s’en tenir sur ces Etats généraux avant même qu’ils ne commencent !

Pourquoi donc le secrétaire général lui-même de la FNIC a-t-il fait partie de la délégation de la CGT ? 


Les militants responsables de la FNIC sont donc affectés par le pessimisme, ce qui les empêche de mener la bataille pour dégager une nouvelle majorité confédérale.

La Fédération de l’Agroalimentaire (FNAF) est une autre de ces fédérations « oppositionnelles ». Là aussi ses critiques rejoignent en partie celles de la FNIC, notamment sur le contenu revendicatif du document d’orientation. Comme elle, elle dénonce la volonté centralisatrice de la direction confédérale avec la proposition de la commission d’affiliation, du règlement intérieur, du danger qui pèse sur les UD et le poids grandissant que prendraient les comités régionaux. Bref, ces deux fédérations s’inquiètent fortement de l’avenir du fédéralisme dans la CGT.

Mais la FNAF a essentiellement porté son fer sur la défense intransigeante du syndicat d’entreprise. Pour elle, sa remise en cause est le noyau de la centralisation à venir, de la fin du fédéralisme et de la démocratie syndicale. Le CSR s’est déjà beaucoup exprimé à ce sujet notamment dans deux contributions de notre courant pour le 49ème congrès. Nous n’allons pas y revenir dessus. Mais ces camarades, qui citent souvent leurs classiques (Marx, Lénine) dans leur presse destinée aux adhérents, devraient prendre de sérieux cours du soir en histoire syndicale et politique. Nombreux sont les textes de l’Internationale Communiste et de l’Internationale Syndicale Rouge qui défendent le syndicalisme d’industrie et qui pointent les dangers corporatistes des comités d’usine. Ces camarades ont besoin de connaître aussi l’histoire réelles des structures de la CGT. Des années avant le tournant vers le syndicalisme d’entreprise à la fin des années 50, Benoît Frachon, maître à penser de la FNAF, lui-même signait un texte dans la Vie Ouvrière qui défendait le syndicat local de branche ou d’industrie constitué de sections syndicales d’entreprise.

Notons que la FNAF n’a pas, ou alors elle l’a fait très discrètement, pris de position critique sur la stratégie des luttes depuis début 2009. On voit ici les ravages produits par le syndicalisme d’entreprise : seule compte la lutte, même intransigeante sur le contenu revendicatif, mais boîte par boîte ! Ce schéma ne remet donc pas en cause l’organisation capitaliste de l’économie en entreprises. Il mène le combat sur le terrain de l’ennemi et accepte ses règles du jeu.


Enfin, contrairement à la FNIC, la FNAF est adhérente à la FSM, organisation « syndicale » qui défend activement, comme chacun le sait, le prolétariat de Chine, de Corée du Nord, de Syrie, etc… cette adhésion sert de caution à l’absence d’activité internationaliste dans la branche agro-alimentaire et donc de lutte offensive contre les multinationales.

Le Front Syndical de Classe (FSC) est une structure oppositionnelle qui a défrayé la chronique en faisant un « coup médiatique » avec la candidature de JP Delannoy comme secrétaire général de la CGT pour le 49ème Congrès. Formellement on trouve dans ce Front des militants qui sont à la CGT, essentiellement et dont la base se situe dans l’UL de Douai et principalement dans la métallurgie Nord-Pas de Calais, et d’autres qui sont à la FSU. Le discours médiatique du FSC est basé, comme la FNAF, sur la défense du syndicat d’entreprise, et sur le « syndicalisme de classe », expression reprise toutes les trois lignes. Le FSC met aussi en avant la nécessité de la grève générale, du blocage de la production. Derrière le FSC il y a un courant politique organisé sous l’implosion du PCF, qui dans la CGT s’est longtemps exprimé à travers la tendance Continuer la CGT(CL-CGT). 


Les discours sont rudes et souvent justes en ce qui concerne la conception du monde de la direction confédérale qui est là pour négocier avec pouvoirs politiques et patronat des aménagements au capitalisme dont elle considère désormais qu’il est un horizon indépassable. Mais la défense du syndicat d’entreprise s’oppose de fait dans la réalité au discours sur la nécessité de la convergence interprofessionnelle pour la grève générale. Le FSC fonctionne de fait comme une organisation philosophique pour qui la conscience de classe vient d’un parti qui amènerait cette conscience dans la classe par le discours. La démarche est idéaliste et n’a aucune chance d’aboutir. Elle manque même totalement de retour sur l’histoire des pratiques syndicales réelles au plus fort de la période CGT du syndicat d’entreprise qui a favorisé la désyndicalisation de masse.

Mais il y a autre chose dans le FSC qu’il s’est bien gardé de médiatiser. Le fond politique réel de ce courant n’est pas dans ses discours mais dans ses actes. Et les autres composantes qui se sont ralliés à la candidature de Delannoy, de certains libertaires jusqu’aux sensibilités marxistes léninistes les plus orthodoxes en passant par de nombreux militants du NPA, n’ont pas eu l’impression de se faire rouler dans la farine. Et pourtant ! Car en soutenant inconditionnellement cette candidature de Delannoy, ces camarades se sont ralliés à une conception fort étrange du « syndicalisme de classe ».


Pour s’en convaincre il est nécessaire de lire le numéro de novembre d’Initiative Communiste, journal du Pôle de Renaissance Communiste en France dont l’émanation est le fameux Front Syndical de Classe : « Ainsi le 10 octobre 2009 a eu lieu à Paris une réunion de militants politiques qui ont créé l’Arc Républicain de Progrès : le Comité Valmy, le Pôle de Renaissance Communiste en France, le Collectif Républicain des Gaullistes de Gauche, Résistance et Renouveau Gaulliste, le Rassemblement des Citoyens pour la République ». Tout un programme ! L’union sacrée dans un Front des Français où les frontières de classe ont disparu au profit des frontières nationales. Quel rapport avec le FSC ?

Et bien tout simplement que le FSC a rejoint ce rassemblement, cet Arc Républicain de Progrès pour en devenir « sa composante syndicale » ! Le FSC, c’est côté pile le discours sur le « syndicalisme de classe », mais côté face c’est le nationalisme français, collaboration de classe avec la bourgeoisie nationale et la défense des institutions républicaines et du compromis fordiste des années 1960 !

Cette réalité n’est pas anecdotique. Elle souligne la vraie nature politique de cette « opposition ». : l’anarcho-syndicalisme. L’anarcho-syndicalisme ne s’arrête malheureusement pas à la CNT et à sa logique de citadelle assiégée. Depuis trente ans le mouvement ouvrier français a subi sa plus longue phase de reflux. Le mouvement syndical n’a donc cessé de se replier sur ses anciens bastions : les services publics et les grandes entreprises. Ce repli défensif a créé une culture de la défaite, une peur de passer à la contre-offensive, mais aussi une profonde décomposition stratégique. Il est alors tentant de se recroqueviller sur un discours philosophique et affinitaire rassurant afin de justifier une pratique syndicale quotidienne… corporatiste et localiste.


Pour s’en convaincre il suffit de lire la presse produite par les courants oppositionnels de la CGT, mais aussi celle des organisations affinitaires qui reprennent leur ligne politique. La perspective socialiste est totalement fossilisée, résumée en une succession de mots d’ordre coupés de toute réflexion stratégique.

La décomposition de ce syndicalisme de classe a pour conséquence de produire un discours idéaliste en rupture avec la culture ouvrière. Tout travailleur sait qu’un produit ou un service ne peut être façonné qu’avec des outils spécifiques et adéquats. Cette évidence ne fait plus partie de la réalité militante des oppositions anarcho-syndicalistes qui partagent avec la majorité confédérale une vision intellectuelle de la lutte. On y parle alors de stratégie syndicale sans réfléchir à la question des outils nécessaires pour mettre en œuvre ces perspectives. Ainsi l’appel incantatoire à la grève générale apparaît sous une forme caricaturale. Car les militants qui préparent réellement la perspective de la grève générale savent très bien qu’elle est irréalisable avec des syndicats d’entreprise et des UL fragilisées par l’absence en leur sein de la majorité des militants « lutte de classe ».


On a même pu observer récemment la création d’une nouvelle tendance syndicale qui se présente sous forme …d’un blog internet et dont des militants sont clandestins dans leur propre syndicat ! Le XXIème siècle deviendra t-il celui du syndicalisme virtuel ?

Construire une vraie stratégie de classe

Le débat stratégique doit donc reprendre sur de véritables bases matérialistes. Les camarades qui se revendiquent de « l’opposition » CGT doivent se ressaisir. Nous ne contestons pas que ce courant soit oppositionnel. Mais cette opposition est institutionnelle car plaquée sur une vision nostalgique de l’Etat providence des années 1960. Derrière un discours de classe très radical, les revendications de cette opposition s’axent sur des éléments défensifs. D’où la nostalgie de l’Etat providence de l’après guerre, de ses services publics étatisés, de son statut du fonctionnaire, de ses grandes entreprises et du paritarisme,…L’anti-capitalisme a donc tendance à s’étioler rapidement et à se replier sur un corporatisme caricatural.

Pour s’en convaincre il suffit d’écouter l’intervention du délégué des Organismes Sociaux des Bouches du Rhône à la séance de jeudi matin du congrès confédéral. La journée est consacrée aux structures confédérales. Le délégué intervient, malgré les rappels à l’ordre, pendant 3 minutes, sur la question des mobilisations de l’année dernière…. Avec un discours très lutte de classe, mais totalement hors sujet. Cette conception de la lutte des classes ne s’intéresse visiblement pas à l’organisation concrète des travailleurs des PME et des salariés dont s’occupent les travailleurs des Organismes Sociaux ! L’opposition institutionnelle c’est cela, un discours philosophique plaqué sur du corporatisme défensif : une impasse anarcho-syndicaliste.

Pourtant le 49ème congrès CGT a démontré le mécontentement qui règne actuellement dans notre organisation confédérale. Mais ce mécontentement ne doit pas s’enfermer dans une dynamique institutionnelle et corporatiste. La CGT traverse une crise très grave et elle ne peut continuer à fonctionner de façon totalement chaotique. En se faisant les défenseurs les plus zélés de l’organisation anarcho-syndicaliste actuelle, l’opposition institutionnelle agit inconsciemment comme l’alliée objectif de la majorité confédérale. Elle fait apparaître le Bureau confédéral comme une force de propositions, crédible et légitime. En portant tout son discours sur une plate-forme revendicative abstraite, cette opposition a laissé l’initiative au futur bureau confédéral. Car une fois passée les effets lyriques à la tribune d’un congrès, les syndiqués devront bien faire avec la réalité de la vie confédérale matérielle et du terrain économique où se mène la lutte syndicale.

Il n’est donc pas étonnant que le journal le plus ancré sur les réalités matérielles, Les Echos, tire un bilan très intéressant de ce congrès : « Et au final, à leur corps défendant, Jean Pierre Delannoy et les autres opposants auront paradoxalement permis au leader cégétiste d’éviter un débat délicat sur la façon dont il entend gouverner la CGT pour son quatrième mandat ».
Cette intervention caricaturale a amené de nombreux syndicats à taire leurs critiques de l’orientation actuelle car ils ne voulaient pas se voir associer à une opposition de ce type. Contrairement à ce que l’on pourrait croire cette opposition a donc favorisé au blocage des débats stratégiques lors de ce congrès et a servi l’actuelle majorité confédérale.

Cet échec face à la dérive sociale-démocrate de la CGT est lourd de conséquences. Même si les CSR partagent de nombreuses critiques formulées par cette opposition à l’égard de la majorité confédérale, nous n’acceptons pas de nous intégrer à cette mouvance contestataire. Ce serait une erreur tactique car cette mouvance repose sur très peu de forces militantes organisées. C’est ce qui explique pourquoi la candidature Delannoy s’est construite quasi exclusivement sur internet et sur les médias bourgeois, sans relais collectifs sur le terrain. Seuls deux meetings ont pu être organisés en province et le rassemblement de Nantes a été nettement moins fourni que celui de Lille il y a 3 ans.


Mais c’est surtout l’orientation et la pratique syndicales de cette mouvance qui pose problème. Des convergences peuvent donc être organisées ponctuellement sur des combats communs, dans le cadre du Front Unique. Mais il apparaît aujourd’hui impossible de constituer avec cette opposition un projet commun alternatif à celui qui est en train d’amener la CGT dans le mur.

Il nous reste donc 3 ans pour crédibiliser une réelle dynamique alternative. Cette perspective n’est pas utopique. L’évolution suicidaire de la CGT provoque l’interrogation et le mécontentement d’un nombre grandissant de militants, mais aussi de responsables d’UL, d’UD et de Fédérations. Les analyses des CSR sont ainsi reprises partiellement ou en bloc par de plus en plus de militants influents. L’enjeu n’est donc pas d’avancer les CSR comme l’acteur exclusif de la réorientation confédérale. La tendance SR doit se renforcer et regrouper tous ceux qui se solidarisent avec nos positions. Mais, plus largement, l’heure est à la convergence des syndicalistes de classe (et donc partisans de l’interpro et du syndicalisme d’industrie) quelque soit leur sensibilité. 


Tous les militants désirant réellement reconstruire le syndicalisme de classe doivent s’y engager sincèrement et commencer à débattre de l’élaboration d’une stratégie alternative et non pas oppositionnelle. Il faut gagner l’hégémonie politique dans la CGT par le débat, ce que nous commençons à faire.

Cette dynamique ne doit pas être une « opposition » mais une future majorité en construction, à travers son intervention coordonnée dans les réflexions et dans la réorganisation des outils confédéraux. Il faut désormais matérialiser cette future majorité.

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